Date de sortie : 20 février 2026 | Labels : Araki Records, Bigoût Records, Cœur Sur Toi, Day Off Records, Vox Project
Dans Midlife, ils sont trois. Tous ont joué à moment donné dans Alabaster (entre autres) et quand résonne le premier morceau, je suis un peu surpris. Mon vieux cerveau s’attendait à entendre des déflagrations noise-hardcore et… pas du tout. En même temps, rien de surprenant, puisque ce n’est pas un disque d’Alabaster mais bien le premier album de Midlife, projet ayant pris corps « dans un lieu qui se trouvait dans une zone pavillonnaire, elle-même proche d’une zone industrielle et commerciale », propice évidemment à alimenter la crise du même nom.
Mais les trois Midlife s’en foutent du jeunisme ; eux, ils luttent.
Contre la vie quotidienne qui ratiboise les idéaux, contre la vitesse et l’hystérie qui javellisent et uniformisent, contre « le temps qui nous aspire ». Et pour ne pas se laisser faire, ils sortent leurs instruments, branchent les amplis et ça donne 3mm57, une collection de morceaux secs et tendus qui encapsulent la rage, les ZAC et les ZAE glauques et le grand malaise.
D’abord, ce qui frappe, c’est la nuance. On est loin du pied au plancher et des bourre-pifs athlétiques. Midlife prend le temps de développer ses idées et trouve toujours le meilleur moyen d’exprimer ses ressentis. Un parterre vrillé (la guitare prend souvent des airs de synthétiseur), des riffs qui surfent et qui tranchent, une voix parfaite, patraque et volontaire, délavée et torréfiée aux idées noires, des bong-bong qui sonnent le glas et une batterie hyper malléable qui épouse le relief accidenté : le presque âge mûr (ces trois là ont autour de la quarantaine), c’est aussi celui de la maîtrise et il y a vraiment beaucoup de profondeur là-dedans.
Difficile de coller une étiquette à ce que Midlife joue. C’est à la fois épuré et chargé, calme et intense, vraiment tourné vers les ’90s mais aussi très contemporain. Ça fleure bon le nouveau continent (à l’époque où il était fréquentable) mais c’est aussi ancré dans l’ancien. On pense à Girls Against Boys reprenant Lungfish, à Touch & Go/Quaterstick ou Southern, ce genre, mais Midlife ne capitalise pas du tout sur la bête nostalgie. Ce qu’ils jouent, c’est eux maintenant et quand ça doit sortir, c’est comme ça que – toujours maintenant – ça sort.
Rien de vain, rien d’inutile, rien qui ne sera sitôt écouté-sitôt oublié parce qu’il y a du fond et pas mal de choses – que l’on pourrait presque qualifier d’existentielles – à expulser. Tout cela malaxe la trame de 3mm57 et donne des morceaux racés : des suspensions de PCB ou de l’éponyme par exemple aux stridences de Circa Thrill, des vibrations mortifères d’Options ou 5.48 à celles plus tribales de Marks en passant par les crocs de SKN, c’est un sans faute qui brasse large dans ses accents (noise rock, no voire new wave, dub ténu…) et ses thèmes (désordre, malaise, parentalité…), comme un strict miroir de ce que l’on aime et de ce que l’on est.
Réunissant Thomas Dantil (guitare et voix), Damien Debard (basse) et Rémi Dulaurier (batterie), tous ayant un pedigree musical maousse (outre Alabaster, on a déjà croisé les uns et les autres dans Sofy Major, Kiruna ou Geneva [sans exhaustivité] et l’un d’eux constitue la moitié de Bigoût Records), autant dire que Midlife sait comment s’y prendre pour si bien sonner (d’autant plus que le tout a été capté par Raphaël Aboulker qu’on ne présente plus par ici).
3mm57, c’est la taille d’un embryon sur une première échographie mais c’est aussi un premier album qui a bien de la gueule et qui correspond pile à ce que montre sa pochette : un parking vide, des locaux commerciaux sans vie, une grue dans l’arrière-plan et un ciel de traîne. Le grand malaise. Mais certainement pas la résignation.
Prenant !
leoluce


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