Ravage – S/T

Date de sortie : 14 novembre 2025 | Labels : Serotine Records, Mr Morezon

Triangle soudé à l’arc où deux violons (Bastien Pelenc et Mathieu Werchowski) rejoignent une batterie (Anthony Laguerre), RAVAGE ne fait jamais mentir son nom. N’attendez rien d’über-hardcore ou de drastiquement belliqueux, simplement le trio explore-t-il toute la densité et l’épaisseur que peut fournir cette réunion singulière entre frappes félines et crissement octogonal. Il n’y a pas de voix, seulement des peaux, des cymbales et des cordes qui racontent beaucoup.
Quatre titres seulement, chaque fois de plus en plus longs (d’un peu plus de 4 à un peu plus de 26 minutes) montrant une belle capacité à capturer. Difficile de ne pas s’immerger complètement dans les circonvolutions de RAVAGE tant tout y est magnétique : hypersensible, la musique déploie des entrelacs délicats se muant en vagues furieuses qui se fracassent contre une roche granitique et accidentée, l’écume explose en gerbes froides alors que tout est chaud. On ne sent jamais le temps passer, le paysage est chaotique et les mouvements fondent les uns dans les autres sans interruption, le flux gonfle et gonfle encore et c’est quand tout se tait qu’on comprend que le disque nous a emmenés très haut.

Parce qu’en plus c’est souvent très beau. Non content de nous faire passer de pics en abysses, le trio tissent une dentelle très fine où les violons s’épaulent ou se confrontent, grondent comme un gros-porteur au décollage ou se lancent dans des monologues retenus ou crissants. La batterie arbitre, explore ou se cheville aux deux autres. Ce qui est très fort, ce sont les vrais élans concrets et classiques qui s’amalgament à l’ossature vraiment noise pour un résultat vraiment singulier qui tout à la fois séduit et explose.
Le percussif Demon Lover en ouverture n’est ainsi qu’une facette. La batterie y est fracassante, les violons stridents. Comme le vol d’un insecte que les baguettes chercheraient à matraquer sans y arriver jamais. Rien à voir avec Hyeronimus Dream qui arpente le chemin d’un Steve Reich, au moins dans son entame, les deux violons esseulés s’emberlificotant l’un à l’autre avant que la batterie ne percute le tout et confère à l’ensemble un sacré poids. Nihilist Folk est d’abord une stridence feutrée, qui enfle de longues minutes durant. C’est très inquiet, le crescendo fait attendre une explosion qui ne viendra jamais puisqu’au contraire, tout se détricote. Le reste – presque une demi-heure – est dédié à Nex, composition gigogne qui enferme des mouvements dans les mouvements. Tour à tour contemplative et tendue et puissante, elle sidère et émeut en même temps.

C’est une musique vivante, pure, qui n’a pas peur des émotions et qui donne l’impression de sortir parce qu’il faut ça sorte. C’est à la fois déconstruit et très construit, ça provoque pas mal de choses contradictoires dans le squelette et souvent, les poils se dressent. Bien sûr, on pense à Filiamotsa, Algecow, The End ou Bedmakers mais seulement parce qu’on connaissait déjà les musiciens et la plupart du temps, on ne pense à rien parce qu’on est tout acquis aux vibrations habitées et au flux convulsif de RAVAGE qui effacent consciencieusement tout ce qui les entoure.

leoluce

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