Extracts – s/t

Date de sortie : 06 février 2026 | Label : Act Your Age Records

Bon, c’est vrai, rien de fondamentalement original dans ce premier album d’Extracts, groupe subitement apparu en 2021 qui, s’il a changé partiellement de line-up depuis (Sam Rich en place de David Hobizal aux baguettes, Dave Hawkins remplaçant Chris May à la basse), a toujours gardé les mêmes influences. Si vous avez aimé cette idée du punk-rock que représentaient Drive Like Jehu ou Hot Snakes, vous allez forcément adorer Extracts.
Je ne vais pas faire le malin, j’ai découvert le groupe alors que je regardais les derniers souffles de la tempête Nils ravager le jardin et le fleuve local sortir de son lit, la dernière émission de KFuel calée entre les oreilles. J’ai trouvé qu’Extracts s’accordait particulièrement bien aux éléments déchaînés. Son côté implacable et increvable. Ses accents désespérés dans l’arrière-plan aussi. De quoi donner l’envie d’en savoir plus. Et ce n’est pas une mince affaire parce qu’il est vraiment difficile de glaner des informations sur le groupe. A priori, il est basé à la Nouvelle Orléans. Outre la basse et la batterie susmentionnées, on compte deux guitares : l’une – ryhtmique – tenue par Andy Kowalczyk qui s’occupe aussi du chant rageur (c’est son tout premier groupe et c’est déjà son meilleur), l’autre – lead – par John Christoffel (au parcours plus riche, déjà croisé chez We’ll Go Machete et pléthore d’autres groupes comme Economy Island par exemple, des voisins de label). Les choses étaient déjà posées dès les deux premiers EP, Myth Fits en 2021 (aux réminiscences légèrement plus fugaziennes me semble-t-il) et EP2 en 2022 et elles se concrétisent aujourd’hui avec Extracts, premier album d’Extracts, paru chez Act Your Age, label d’Austin, Texas.
Son post-hardcore sonne vraiment inarrêtable mais le groupe est aussi capable de pas mal de nuances. Il lui arrive de lever le pied sans rien perdre de son urgence ni de sa tension. Rien de sirupeux mais Extracts y montre d’autres méandres, d’autres explorations alors que l’habitus reste le même et qu’il me semble être défini tout entier sur la pochette.

Le drapeau n’est même pas en berne, il est déchiqueté. Et sur l’autel, ce sont bien des débris religieux. Deux symboles d’une Amérique conquérante mise à mal et disloquée. Il est très tentant d’y voir un état d’âme, un message même si, une nouvelle fois, je ne sais rien du groupe. Mais quand on joue serré et pressé ainsi, qu’on nomme ses morceaux Broken Windows, Apathy For The Devil, Bargain Prices ou Memento Momento Mori, je me dis qu’on n’a aucune appétence pour les délires MAGA des ultrariches.
Mais je n’en sais rien au fond. Ce que je sais en revanche, c’est que les deux guitares s’accordent parfaitement, aussi à l’aise dans le 100 mètres obstiné que le larvé ombrageux, que les bong bong de la basse recollent et tapissent autant qu’ils donnent des coups et que la batterie est sèche comme un coup de trique. La voix s’étrangle souvent de rage et ses cris s’agrafent parfaitement au reste, transmettant leur énergie écorchée à un environnement déjà à vif. Dès le parfait Broken Windows, on est pris et on reste captif jusqu’au déchirant Gold Plated Skeleton, y compris lorsqu’Extracts joue l’apaisement sur Apathy For The Devil ou Bad Actor ou multiplie les minutes, sur Parenthetical par exemple en traçant des arabesques plus retenues au mitan du morceau avant de retrouver son allant déglingué et jusqu’au-boutiste. Il y a un je-ne-sais-quoi de colère désespérée qui se transmet parfaitement à l’encéphale et qui donne envie de ne pas se laisser faire.
Alors oui, rien de fondamentalement original mais on s’en fout complètement parce que rien n’est simulé et que je crois profondément à tout ce que le groupe crie.

Indispensable et salutaire.

leoluce



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