date de sortie : 03 avril 2026 | Label : Rocket Recordings
Toujours franchement désespérés, The Shits. D’abord, le truc s’appelle Diet Of Worms et évidemment ça renvoie d’emblée au pourrissement mais si on regarde les titres, ce n’est pas vraiment mieux : In A Hell, Then You’re Dead, Joyless Satisfaction, Three O’Clock In The Morning par exemple. Avant même d’avoir lancé le disque, on sait.
Que l’on va se prendre de grandes giclées affligées dans la gueule, que les morceaux vont inévitablement reconfigurer les neurones et flinguer la plus petite goutte d’espoir ou d’optimisme et que le soleil printanier ne fera pas le poids parce qu’au bout du noir, il ne restera plus rien. Pourtant, envolées les mines patibulaires du (génial) précédent ; à la place, un brossé légèrement abstrait qui figure un paysage bucolique. Mais bon voilà, les couleurs ne trompent pas. C’est mordoré mais sans les jolis reflets, très très très marron et du coup, ça évoque davantage Tarrare (showman français du XVIIIe et ogre véritable qui mangeait de tout, des anguilles vivantes jusqu’à la chaire humaine [si le deuxième morceau lui fait bien référence]) qu’un joli coin de campagne.
Bref, avant de lancer l’écoute, on sait donc déjà à quoi s’attendre et une fois celle-ci lancée… Eh bien, on n’est pas déçu : c’est encore un gros pavé, du genre de ceux qu’on s’attache autour du cou avant de sauter dans la mare. Rien n’a vraiment bougé depuis Punishment et You’re A Mess, tout s’y montre retors, glauque et tourmenté. Pas de respirations ni la moindre envie de raboter un tout petit peu les angles : ça sort, ça reste là et ça vibre. Disque noise-rock option crasse (scum rock donc), tout proche des égouts où s’épanouissent les Stooges, Brainbombs, Louse et consorts, Diet Of Worms ne fait jamais mentir son titre puisque l’issue ne fait aucun doute : l’enfouissement six pieds sous terre.
D’emblée, The Shits balancent les sept minutes saisissantes d’In A Hell. Stridences partout, riffs enclumes, cymbales malmenées, ondes mortifères, répétition maladive et tout le dégoût contenu dans les invectives de Callum Howe. Ça sera toujours pareil ensuite.
C’est-à-dire que tout ça a une forte tendance à s’agripper à l’encéphale comme de la glu, et qu’il est donc très difficile d’en sortir une fois l’écoute lancée, même quand on s’envoie cette volée de morceaux sulfuriques souvent, voire plus que de raison. Même le plus convenu (dans ses riffs introductifs) Change My Ways réussit à me surprendre encore via sa voix nihiliste et dangereuse et ne parvient pas à ternir mon attachement au disque : la wah-wah de Tarrare butant sur un parterre à l’agonie, les coups de marteau assénés par Then You’re Dead, l’étrange déferlement de l’éponyme ou les airs de marche funèbre de Three O’Clock In The Morning se montrent salement addictifs et grattent la croûte pour creuser les plaies.
Alors oui, c’est dégueulasse mais c’est beau aussi. C’est vrai que les larmes chlorhydriques de Diet Of Worms coulent en-dedans et provoquent des trous béants sous l’épiderme, c’est vrai aussi que c’est toujours un peu pareil mais qu’importe, les micro-variations acides de The Shits s’avèrent indispensables pour mettre à distance notre époque définitivement flinguée.
leoluce


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