Eddy Current Suppression Ring – In Light Of Recent Events

Date de sortie : 26 mai 2026 | Label : autoproduction

Le dernier long format d’Eddy Current Suppression Ring date de 2019 et avait paru un poil décevant de prime abord. Envolés l’intensité de l’obligatoire Primary Colours (2008) et de l’indispensable Rush To Relax (2010) ; à la place, un rendu étrangement exténué et des morceaux un poil plus convenus. Mais ça, c’était de prime abord parce qu’à la longue, All In Good Time avait fini par s’insinuer. Pas parce que la multiplication des écoutes avait entraîné un réflexe pavlovien, non, c’était parce que c’était encore tout simplement un excellent album. Moins immédiat c’est vrai, recouvert d’une patine fatiguée qui accusait le temps, c’est vrai aussi. Mais ça leur aller très bien justement, ce tissu usé. Et aujourd’hui, In Light Of Recent Events retrouve ce même côté patraque mais en retrouvant l’immédiateté des débuts et du coup, ça le rend tout simplement imparable. C’est bien simple, sitôt lancée l’écoute, impossible de ne pas aller jusqu’au bout et de ne pas la relancer une fois arrivé là.
C’est presque une dialectique. Le genre de disque que l’on sort quand on veut expliquer ce qu’est la grande classe sans se payer de mots. C’est tout sec et hyper mouvant en même temps, très retenu, presque ascétique alors que ça déborde (dans la voix, dans la guitare, partout) et systématiquement dans cette forme de justesse qui rend les choses évidentes quand elles ne le sont absolument pas. Les quatre Eddy Current Suppression Ring (l’incontournable Mikey Young aka Eddy Current à la guitare, son frère Danny à la batterie, Brendan Huntley au chant et Brad Barry aka Rob Solid à la basse) donnent l’impression de partager le même encéphale tant tout y est calé et au cordeau, même dans les divagations qui paraissent moins structurées mais qui retombent toujours pile dans l’ossature sans rien saccager. Parce que des divagations, ça n’en sont pas justement. Et dans le même temps, ça reste très spontané. In Light Of Recent Events est ainsi tout à la fois très carré et très libre, même parfois à peine esquissé ; c’est vraiment un drôle de truc qui enferme irrémédiablement dans ses filets.

Toujours cette ligne garage/post-punk très claire, australe, comme tracée au scalpel. Pas de gros feutres noirs ici, rien pour camoufler le squelette. Dans ces conditions, il a tout intérêt à être bien agencé dès le départ et sur In Light Of Recent Events, le groupe a vraiment peaufiné les choses. Dès Self Sabotage, le ton est donné : la voix sous hélium, la basse capiteuse, la batterie stricte et la guitare tout autant sauvage qu’élégante. Quelques nappes de claviers vraiment très discrètes. Et surtout l’évidence mélodique. Le titre disparait comme il était apparu, dans l’urgence mais sans se presser. Ensuite, c’est tout pareil. Les perles succèdent aux pépites : la morgue de Hard To Be Moved, la mélancolie volontaire d’Ulterior Motives, la colère rentrée d’Ivory Tower, le groove aigre de Swimming Hole, le blues désossé d’Empathic ou encore les géniaux My World ou Turtle – entre autres – accrochent systématiquement les synapses.
In Light Of Recent Events se situe ainsi pile dans la lignée essentielle de Shapes And Forms, E.P. de 2025 qui portait bien son nom puisqu’il posait finalement les bases de cet album alors en devenir. C’est classique sans l’être le moins du monde, Eddy Current Suppression Ring étant le seul à boxer dans sa catégorie. Ils ont leur patte, leur patine qui n’appartiennent qu’à eux et en retrouvant leurs crocs (légèrement arasés lors du précédent) et toute leur fraîcheur, ils commettent une nouvelle fois un truc qui ne rejoindra jamais bien longtemps les étagères.

Bref, une nouvelle merveille pour un groupe qui n’aura jamais connu et ne connaîtra probablement jamais les affres de l’anecdotique.

leoluce

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