Mourir – Nous, Le Venin

Date de sortie : 10 juillet 2026 | Label : Pelagic Records

Black Metal déviant option dissonances blafardes, radical, Nous, Le Venin, nouvel album de Mourir (entité toulousaine organisée autour d’Olivier Lolmède, bassiste de Plebeian Grandstand et seul maître à bord de Vermine) ne trompe ni son titre ni son nom. Même si j’ai failli me faire avoir par le texte primesautier de Feu D’un Regard qui ouvre les hostilités (« Le feu d’un regard/Qui ravive l’éteint », certes), partout ailleurs, c’est plutôt l’orage et le dégoût qui prédominent (« J’suis humain moyen/J’excelle dans le médiocre/Au fond, éteint » en parfait résumé de ce qu’il se trame ici).
Bloc monolithique qui file à la vitesse de l’éclair, l’album prend néanmoins le temps de s’insinuer. D’abord par son sens aigu de la nuance qui lui permet d’abandonner d’un coup ses dynamiques, ses structures, ses textures pour ensuite les retrouver ou les faire muter. Ensuite, et surtout, par sa grande radicalité. La moindre seconde sonne comme si elle devait être la dernière. Mourir donne l’impression de balancer toutes ses forces à chaque instant et même lorsqu’un instrument se tait, on sent que ça lui coûte. Du coup, un maelström vrillé se crée duquel il est bien difficile de s’extirper. Des cris viscéraux aux guitares vrillées, de la batterie sacrifiée à la basse désaxée, l’ensemble est intense, intriqué et parfaitement prenant.

D’autant plus que l’ossature black incorpore pas mal de dimensions et si c’est toujours extrême, on décèle aussi des adjonctions post, bruitistes, doom voire tangentiellement jazz qui nuancent les trames. Bref, Mourir explore et mute insidieusement depuis Animal Bouffe Animal (2020) et montre qu’il peut faire aussi radical que le splendide Disgrâce (2022) en faisant pourtant différemment.
Ça suffoque toujours mais ça suffoque d’une manière plus ténue, plus lisible et ça n’atténue en rien la violence intrinsèque des morceaux. Qu’ils se recroquevillent autour des 4 minutes ou dépassent les 10, chacun grave sa marque crue et féroce en écorchant l’encéphale : Feu D’un Regard en ouverture solennelle, l’arrachage lent de Mon Rêve Animal, les banderilles maladives de Je Est Absent et tutti quanti vrillent l’espace-temps pour le concasser en une bille noire très dense d’où rien ne s’échappe.
Le grand malaise le dispute à une étrange addiction et on a beau se demander en permanence ce qu’on fout là, on se retrouve très vite dans l’incapacité de se soustraire au disque.
Nous, Le Venin exactement.

leoluce

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