Kevin – It Is What It Is

Date de sortie : 24 juillet 2026 | Label : Riot Season Records

Ils sont deux et on n’en sait pas grand chose. Tout au plus qu’ils débarquent d’Osaka, qu’ils s’appellent Kevin et qu’It Is What It Is est leur deuxième album. Une guitare (Yutaro Umemoto), une batterie (Yuichi Umemoto), parfois, euh, un chant ? et avec ça, des morceaux psycho-kraut qui enferment pas mal d’improvisations et de freeture dans les interstices.
Alors de prime abord, ça ne ressemble pas à grand chose mais je ne sais trop comment, tout ça finit par se structurer. C’est sans doute la répétition qui donne cette impression. Mais elle n’est jamais longtemps répétitive. Il y a toujours un moment où tout se casse la gueule. Du coup, c’est assez paradoxal : derrière chaque morceau, il y a une ossature forte et celle-ci est régulièrement saccagée par des enclaves de vrai boucan qui explosent tout mais qui n’arrivent jamais complètement à la faire disparaître. Un vrai tour de force.
Pas de doute, on identifie très vite d’où viennent les circonvolutions de Kevin. Ce côté jusqu’au-boutiste, radical, énigmatique, on l’a déjà croisé chez Acid Mother Temple et tous ses avatars (Mainliner en tête), excepté qu’ici, c’est surtout la dimension kosmische qui est mise en avant et que le voyage est bien plus intérieur qu’intersidéral. On va haut et loin avec le disque mais en gardant les pieds bien ancrés au sol, sa pulsation calée sur les battements du cœur, en rebondissant dans sa boite crânienne que Kevin transforme en cellule capitonnée. Et le(s) chant(s) qu’on entend de-ci de-là a (ont) tout du monologue intérieur. Un monologue pas clair, exténué, qui peut prendre des airs de viande saoule ou de Jiminy Cricket chuchotant des mots incompréhensibles à l’oreille, rempli d’altérité. L’ensemble est donc un drôle de truc qui se révèle être – et contre toute attente – complètement prenant.

Six titres seulement, tous différents les uns des autres. L’entame est très faustienne. C’est Wood Grain et c’est tout aussi monolithique que métamorphe. Le parterre ne dévie pas, même lorsque la guitare balance un solo dantesque qui mute en freeture sur les deux dernières minutes d’un morceau qui en compte presque huit. La suite est du même acabit, sur un temps plus ou moins resserré, fracassant à grands coups de riffs carnassiers (Murphy Is Buried, l’éponyme) la structure principale, souvent obsédante (le merveilleux Potter’s Wheel), teintée de groove et d’élasticité (Point, Yagura).
Lorsque ça s’emballe, ça s’emballe vraiment – le duo montre une réelle sauvagerie – et quand Kevin choisit d’explorer la répétition, il confectionne des boucles envoutantes et imperturbables qui enferment les neurones alors que tout autour, c’est le chaos.
C’est tout ça It Is What Is It et c’est saisissant. Du coup, on explore le précédent : Aftermath (2022) portait déjà en lui ce que l’on entend aujourd’hui mais tout se passe comme si Kevin avançait à l’envers. Le temps a dépoli les choses : le groove était alors plus élastique, les riffs, plus policés et c’était infiniment mieux rangé. En comparaison, It Is What It Is sonne crade et approximatif (ce qu’il n’est évidemment pas tant le duo montre une précision d’orfèvre dans ses explorations), mal dégrossi et pourtant, son impact est tout aussi – sinon plus – important. Il faut dire qu’ils ne sont plus que deux et que la disparition du chant systématique (que l’on devait à Hayato Izawa) laisse fatalement plus de place à l’expérimentation.

Je n’en sais pas beaucoup plus concernant Kevin mais je sais en revanche que l’espèce de monolithe de la pochette n’est jamais très loin de la platine et que la multiplicité des écoutes ne fait que renforcer le mystère de mon addiction à ce petit bout de plastique rouge transparent.

leoluce

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