Date de sortie : 14 août 2026 | Label : Riot Season Records
Louse est de retour et est vraiment en rogne. Pour le coup, si vous allez jusqu’à acheter le disque, vous allez vite en comprendre le titre. Alors pas de grande surprise à l’horizon, Buyer’s Remorse se situe dans l’exacte lignée de Creep Call mais en pousse tous les curseurs au maximum. Ce n’était déjà pas bien festif, c’est maintenant juste désespéré. C’était déjà flou, aujourd’hui ne subsiste que la boue. Nocive. Pas nette. Dégueulasse. C’était bien sûr répétitif et évidemment, ça le reste. Il y avait deux guitares et aujourd’hui, il y en a trois. Septic Pete et The King of Sting étaient déjà fâchés avec la fraicheur, le charme et l’élégance, pas d’inquiétude, Uncle Brutus l’est aussi. Derrière sa batterie, Mister P. continue à matraquer sa batterie comme une enclume métronomique. Dieta Di Patate qui tient la slide bass n’expulse plus que des ondes vicieuses. Derrière tout ce bordel, on distingue parfois un saxophone. Au diapason d’absolument tout le reste et donc en permanence à l’agonie. Et puis, pour finir, The Captain dégueule ses diatribes haineuses sur à peu près n’importe quoi pourvu que ça reste dans le registre des choses qu’on n’a pas forcément envie d’entendre. Bref, on tient là une définition tout entière du scum et du seum.
En même temps, on savait à quoi s’attendre. Mais c’est tout de même assez fort de rester dans le même pré carré tout en continuant à surprendre. Parce que Buyer’s Remorse n’est pas une photocopie de Creep Call. Ça sonne plutôt comme une photocopie de photocopie de photocopie où l’on aurait poussé le contraste et la saturation au maximum. Du coup, ça ressemble mais ce n’est pas exactement la même chose. Une différence que l’on identifie dès la pochette, toujours giallesque néanmoins : envolé le rouge sang du précédent ; aujourd’hui, c’est le bleu électrique qui domine. Celui des nuits foireuses, glauques et capiteuses.
D’emblée, Best Laid Plans a effectivement tout des plans bien conçus : ça couine, ça racle, ça écorche. Basse et batterie sont à même de détapisser le papier peint, les trois guitares se partagent le spectre, deux bloquées en mode ressac, l’autre s’en allant explorer diverses formes de stridences. Au milieu, la voix dégueulée. En moins de quatre minutes et un seul titre, Louse capture dans ses filets.
Les neufs suivants ne desserrent pas l’emprise : “ballades” anxieuses (Rags And Tatters, The Deer Caller), missiles virulents (l’éponyme, Legal Loophole, Wheel, Meat Slide), mid-tempo hargneux (The Wastepipe Ripped, Comfort, Potato Diet ’26-’27), rien pour affaiblir la sidération que l’on ressent tout du long.
Pourtant, une nouvelle fois, on savait à quoi s’attendre mais tout se passe comme si on entendait ça pour la première fois. Il est vrai que Buyer’s Remorse semble avoir gagné en cohésion et en capacité de nuisance. Le saxophone couinant est inséré encore plus profondément dans l’équation, les gerbes expulsées par les guitares, qu’elles bloquent sur l’obstacle ou percent les strates, n’ont jamais été aussi virulentes, basse et batterie n’ont jamais paru aussi inventives, libres qu’inaltérables et le Captain si aliéné. Le dégoût et la haine de soi et des autres sont palpables, ils recouvrent tout, colonisent le moindre espace et font vibrer les tripes, se diffusant comme une onde visqueuse qui vient nourrir des idées et des émotions dont on est bien content qu’elles nous laissent habituellement tranquilles.
C’est tout ça, Louse et Buyer’s Remorse. C’est vrai, ça peut paraître éreintant mais l’ensemble est à tel point stupéfiant qu’une fois les yeux braqués sur la gangue, on a bien du mal à regarder ailleurs.
leoluce
Si Buyer’s Remorse ne suffit pas à combler vos envies de meurtre et de coups fourrés, jetez une oreille sur Louse: Live at Sunday School, pour vérifier à quel point Louse reste le même en vrai.


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